Intentionnalité de la vie

« Aller, c'est aller vers quelque chose; se mouvoir, c'est se mouvoir vers quelque chose. Parler, c'est parler de quelque chose. Ce n'est pas une trivialité ! Les efforts de Platon montrent précisément combien il en a coûté de voir cet état-de-fait fondamental [...]. Cette structure fondamentale du legein et du noein, et, en un sens plus large, de toute conduite de l'être humain, voire en générale de tout être vivant, c'est-à-dire entendue au sens de l'être-auprès-de- et de l'être-à-quelque-chose – cette structure fondamentale, on a l'habitude en phénoménologie de la caractériser comme intentionnalité, qui se rattache au terme scolastique d'intentio. Le terme est peut-être indéquat à la chose [...]; il laisse entendre qu'il s'agirait, dans ce phénomène de l'intentionalité, d'une attitude particulière comme remarquer quelque chose, y prêter attention, avoir pour intention quelque chose. Tout cela n'appartient pas à l'intentionnalité, qui est au contraire une structure appartenant au vivant lui-même relativement à son être. » (GA 19, 424, tr., 401)

[Platon : Le sophiste – hiver 1924-1925]

Dans les annotatios marginales insérées par Heidegger dans la copie dactylographiée de la sténographie de Simon Moser - « annotations, souligne l'éditrice du cours, qui correspondent manifestement à différentes étapes du chemin de pensée de Heidegger » (660, tr. 624) – Heidegger, on s'en doute, revient sur deux passages : « Les mots "et en général de tout être vivant" sont mis entre parenthèse par Heidegger » (401, n1) et « la phrase : "l'intentionnalité, qui est au contraire une structure appartenant au vivant lui-même relativement à son être" porte en marge un point d'interrogation de la main de Heidegger. En outre, Heidegger a mis en guillemets le mot "vivant". » (Note de l'éditrice, p. 401, n2).