L'être-au-monde de l'escargot [1925]

« Avant d’en venir à cette analyse, nous allons éclaicir le phénomène au moyen d’une analogie qui en elle-même n’est pas trop éloignée de ce qui est en cause puisqu’il s’agit d’un étant auquel nous devons aussi attribuer (d’un point de vue formel) le mode d’être du Dasein – la ˝vie˝.
On peut comparer le sujet et sa sphère intérieure à un escargot dans la coquille. […]. On pourrait dire : l’escargot sort de temps à autre de sa coquille, mais sans la quitter pour autant, il s’étend vers quelque chose, vers de la nourriture, vers telle ou telle chose qu’il trouve par terre. Dira-t-on que c’est à ce moment-là seulement que l’escargot entre dans un rapport au monde ? Non ! Sortir n’est pour lui qu’une modification locale de son être déjà au monde. Même lorsqu’il est dans sa coquille, son être correctement entendu est d’être à l’extérieur. Il n’est pas dans sa coquille comme l’eau dans le verre, mais l’intérieur de sa coquille est pour lui le monde auquel il se heurte, qu’il explore, dans lequel il se chauffe et ainsi de suite. Toutes choses qui ne valent pas pour le rapport d’être de l’eau dans le verre ou alors, si c’était le cas, il nous faudrait dire que l’eau a le mode d’être du Dasein, qu’elle est telle qu’elle a un monde. Mais l’escargot n’est pas d’abord pour ainsi dire seulement dans sa coquille sans être encore au monde, sans être encore dans un monde qui lui fait face, comme on dit, de sorte qu’il n’entrerait pas dans un tel face-à-face qu’en sortant de sa coquille. Il ne sort de sa coquille que parce qu’il est déjà, en vertu de son être, au monde. Il ne s’adjoint pas d’abord un monde en allant explorer, mais il explore parce que son être ne signfie rien d’autre qu’être auprès d’un monde. »

Prolégomènes à l’histoire du concept de temps, cours du semestre d'été 1925 [GA 20, 223-224])